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Creation  Volume 33Issue 4 Cover

Creation 33(4):54–55
October 2011

ABRAHAM ULRIKAB : L’être ‘exhibé dans un zoo’ qui savait écrire

par
traduit par Paulin et Claire Bédard pour Lumière sur mon sentier

Abraham Ulrikab

Les lecteurs de la revue Creation se souviennent peut-être de l’histoire de Ota Benga — le pygmée enlevé de son foyer en Afrique, en 1904, et exhibé dans un zoo américain comme exemple d’une race ‘primitive’ du point de vue évolutionniste.1 Son histoire n’est pas unique. Entre 1870 environ et 1940, “des expositions itinérantes d’autochtones non-européens constituaient un attrait périodique dans les jardins zoologiques, où ils éclipsaient le pouvoir d’attraction des animaux habituellement exhibés.”2

Abraham Ulrikab était un Inuit (autrefois appelés ‘Esquimau’) que des missionnaires moraves à Hebron, dans le Labrador (Canada), comptaient parmi leurs convertis. Lui-même ainsi que plusieurs de ses camarades inuits faisaient partie d’un des nombreux peuples soi-disant ‘primitifs’, exhibés dans des zoos à travers l’Europe et l’Amérique du Nord de cette époque, présentés comme des exemples d’un stade inférieur dans l’échelle du ‘progrès évolutif’.3

Le voyage fatal d’Abraham au-delà de l’Atlantique

Lui-même ainsi que plusieurs de ses camarades inuits faisaient partie d’un des nombreux peuples soi-disant ‘primitifs’, exhibés dans des zoos à travers l’Europe et l’Amérique du Nord de cette époque, présentés comme des exemples d’un stade inférieur dans l’échelle du ‘progrès évolutif’.

Adrian Jacobsen, un Norvégien faisant le commerce de gens et d’artefacts d’autres cultures, avait fait fortune en 1877 en exhibant des Inuits du Groenland à travers l’Europe, pour ensuite les renvoyer chez eux en toute sécurité après une tournée remplie de succès. Cependant, le gouvernement danois lui avait ensuite interdit d’utiliser des Inuits du Groenland dans de tels buts. Jacobsen s’est alors tourné vers le Labrador, sur le continent nord-américain.

Les missionnaires à Hebron étaient toutefois tout à fait contre l’idée que Jacobsen emmène ses paroissiens inuits au loin. Alors, Jacobsen a engagé Abraham Ulrikab comme interprète et il a pris la mer vers une colonie inuit voisine qui avait refusé la christianisation. Avec l’aide d’Abraham, Jacobsen a fini par convaincre les Terrianiak, un jeune couple avec leur fille adolescente, de venir avec lui. Mais, n’ayant toujours pas un nombre suffisant de personnes, il a demandé à Abraham et à sa famille de venir.

Abraham savait que les missionnaires étaient contre cette idée. D’une part, ils croyaient qu’exhiber des gens comme on exhibe les animaux dans les zoos était immoral.4 Mais Abraham, âgé de 35 ans, avait un esprit curieux et aventurier. Il avait aussi une dette de dix livres envers la mission et voyait le voyage comme une façon de pouvoir la rembourser.

La famille d'Abraham Ulrikab

De gauche à droite: Ulrike, Tobias, Maria (bébé), Abraham et Sara

C’est ainsi qu’avec Ulrike, son épouse de 24 ans, leurs deux jeunes enfants, son neveu Tobias et la famille Terrianiak, ils ont fait voile vers l’Allemagne en août 1880. Abraham, qui a été décrit comme un homme “instruit et honnête…, admiré pour sa calligraphie, son habileté à dessiner et son éthique de travail”, a commencé à tenir un journal plein “de force et de douleur”. Le voyage est rapidement devenu une source de souci et de déception pour lui; son neveu Tobias, pour avoir “désobéi”, a été sévèrement battu avec un fouet pour les chiens par un “Jacobsen furieux”.4

Malgré tout, les Inuits étaient tout excités lorsqu’ils sont arrivés en Europe. Cependant, il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour qu’ils deviennent malades, qu’ils souffrent du mal du pays et qu’ils en aient assez de leur expédition, en particulier des foules dans les zoos. Contrairement aux promesses qu’il s’agissait de poursuivre un ‘but scientifique’, il est rapidement devenu clair que le véritable but était de les exhiber devant les clients qui avaient payé. “Ils étaient exhibés dans les zoos publics sensiblement de la même façon que l’étaient les animaux.”4 Peu après leur première présentation au zoo de Berlin, un des journaux locaux a même écrit un éditorial à l’encontre de cette pratique, la qualifiant de “franchement repoussante”.4

Omission de vacciner

Malheureusement, pour diverses raisons, Jacobsen avait omis d’immuniser les huit Inuits contre la variole. Après que la fille adolescente de la famille Terrianiak et sa mère aient succombé à la maladie fatale à la mi-décembre 1880, ses efforts subséquents de vacciner sont venus trop tard. Environ quatre semaines plus tard, les Inuits étaient tous décédés de la variole, Ulrike, l’épouse d’Abraham âgée de 24 ans, ayant été la dernière à partir.

Nous n’aurions probablement jamais pris connaissance de cette entreprise fatale si Abraham Ulrikab n’avait pas tenu un journal de ses perceptions et des expériences qu’il a vécues.3 Sa famille et lui étaient des chrétiens fervents, ce qui ressort de manière évidente dans ce qu’il a écrit. Homme intelligent, les missionnaires moraves lui avaient enseigné à lire et à écrire et il était violoniste pour l’Église à Hebron. En plus d’avoir la plume facile en inuktitut, sa langue maternelle (c’est dans cette langue qu’il a écrit son journal, qui a plus tard été traduit par un des missionnaires), il pouvait aussi parler un peu l’allemand et l’anglais.

Les notes d’Abraham Ulrikab

Les foules nombreuses sont un thème qui revenait constamment dans les souvenirs d’Abraham. Elles semblent avoir été très condescendantes, stupéfaites qu’un homme ‘primitif’ puisse même écrire son propre nom. Pourtant, ces mêmes foules faisaient souvent preuve d’un comportement indiscipliné qui faisait honte à cette soi-disant personne ‘primitive’.

Un épisode ressort tout particulièrement dans son journal. Une foule était devenue complètement hors de contrôle:

“Il y avait des gens partout et il n’était plus possible de bouger. Nos deux maîtres, Schoepf et Jacobsen, criaient de toute leur force et certains des soldats haut gradés ont quitté, mais la plupart d’entre eux n’entendaient rien. Comme nos deux maîtres n’arrivaient à rien, ils sont venus vers moi et m’ont envoyé pour chasser la foule. Alors j’ai fait ce que j’ai pu. Je me suis donné un air terrible en saisissant mon fouet et mon harpon pour la chasse aux phoques du Groenland. Un des gentilshommes était comme un crieur. D’autres m’ont rapidement serré la main lorsque je les ai chassés. D’autres ont sauté par dessus la clôture parce qu’il y avait tellement de gens partout… Ulrike avait aussi verrouillé notre maison de l’intérieur et elle avait bloqué l’entrée pour que personne ne puisse pénétrer. Ceux qui voulaient regarder à l’intérieur par les fenêtres étaient repoussés à l’aide d’un morceau de bois.”

Abraham a été forcé d’agir d’une manière qui renforçait la perception populaire qu’on avait de lui et de son peuple. Les gens les considéraient comme des ‘brutes non civilisées’, malgré le fait que c’était bien plutôt la foule européenne qui s’était conduite en animal.

Garder la foi

‘Je n’aspire pas à des biens matériels, mais voici ce à quoi j’aspire: revoir les membres de ma famille, qui sont là-bas, pour leur parler du nom de Dieu aussi longtemps que je vivrai.’—Abraham Ulrikab.

Quand la première personne de son petit groupe est devenue mourante à cause de la variole, Abraham a compris qu’il allait probablement mourir lui aussi. À ce moment-là, il était devenu las de l’Europe et il a écrit:

“Je n’aspire pas à des biens matériels, mais voici ce à quoi j’aspire: revoir les membres de ma famille, qui sont là-bas, pour leur parler du nom de Dieu aussi longtemps que je vivrai.”

Toutefois, il a remis son sort au Seigneur, qu’il vive ou qu’il meurt:

“Elsler, mon cher enseignant, prie le Seigneur pour nous que cette terrible maladie cesse si telle est sa volonté; sinon, qu’il en soit fait selon sa volonté. Je suis un pauvre homme qui n’est que poussière.”

Dans ces circonstances, le courage et la foi d’Abraham étaient admirables malgré la tristesse évidente de ses paroles. Il a gardé la foi dans le Seigneur jusqu’au bout, même alors que sa famille succombait à la variole autour de lui.

Les paroles d’Abraham font réfléchir sur les effets de l’évolution sur les relations humaines. Lui et ses compagnons inuits, tout comme bien d’autres groupes humains, ont été traités, sur la base de la ‘science’, comme de la marchandise sous-humaine devant laquelle les gens restent bouche bée et qui permet de générer des profits.

L’ironie dans tout cela, c’est que, parmi les milliers de gens avec qui il est entré en contact durant son voyage, Abraham Ulrikab était peut-être le plus civilisé de tous.

Références et notes

  1. Bergman, J., Ota Benga, Creation 16(1):48–50, 1993; creation.com/ota-benga. Retour au texte.
  2. Jonassohn, K., On a Neglected Aspect of Western Racism, présenté à la rencontre de l’Association of Genocide Scholars à Minneapolis, 9–12 juin 2001, migs.concordia.ca/occpapers/zoo.htm. Retour au texte.
  3. Lutz, H. (ed.), The Diary of Abraham Ulrikab: Text and Context, University of Ottawa Press, Ottawa, Canada, 2005. Retour au texte.
  4. www.suite101.com/content/inuit-peoples-recruitment-from-labrador-Canada-al173014, accédé le 5 février 2011. Retour au texte.

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