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Le texte massorétique de Genèse 5 et 11 est encore le plus fiable

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traduit par bibleetsciencediffusion.org

Publié le 4 juin 2019 (GMT+10)
Bible-Genesis

Des créationnistes ont récemment examiné le fondement textuel des généalogies de Genèse 5 et 11. Puisque la famille de manuscrits de la Septante grecque (LXX) produit une chronologie plus longue de plus de 1 300 ans que la famille de manuscrits du Texte Massorétique hébreu (TM),1 cet examen a suscité un débat considérable. Nous préférons officiellement le Texte Massorétique, et nous avons détaillé nos raisons sous forme imprimée. En particulier, notre article Textual Traditions and Biblical Chronology présente un schéma conceptuel permettant d’aborder ce problème, et Is the Septuagint a superior text for the Genesis genealogies? soutient que l’un des principaux défenseurs de ce point de vue, Henry Smith, a commis plusieurs erreurs critiques dans sa défense de la LXX. Smith a fait référence à notre premier article dans un article publié lors de la dernière Conférence internationale sur le creationnisme2 et dans un article paru dans la revue en ligne Answers Research Journal.3 Maintenant, il a répondu à notre deuxième article dans une série de quatre articles sur le site Web Associates for Biblical Research, tout en admettant une grave erreur.4 Nous soutenons que les partisans de la LXX ont encore beaucoup de travail à faire et Smith devrait envisager de rétracter ses premiers articles.

Éphrem le Syrien

Dans Is the Septuagint a superior text for the Genesis genealogies?, nous avons souligné que Smith a utilisé une fausse citation d’ Éphrem le Syrien (306-373 apr. J.-C.), qui allègue que les Juifs ont modifié le texte biblique en réduisant le laps de temps couvert par les chronogénéalogies en Genèse 5 et 11. Cela entraînerait que la naissance de Jésus a eu lieu trop tôt pour qu’Il soit le Messie, selon un certain type de chiliasme.5 Mais la citation ne peut pas être attribuée à une source originale et est contredite par les écrits existants d’Éphrem.

L’intégralité de la première partie de la dernière réponse de Smith constitue un aveu de ce que nous avions raison au sujet de la citation d’Éphrem, et que son inclusion était une erreur. Il a également donné une explication détaillée de la façon dont l’erreur est survenue, mais affirme que cela ne fait guère de différence. Nous sommes fortement en désaccord.

Bien que la charité chrétienne puisse nous amener à négliger une erreur, une fois admise, il ne faut pas oublier que cette citation a représenté un élément de preuve majeur de l’allégation de Smith. Si elle avait été authentique, cela aurait été la première allégation que le texte de Genèse 5 et 11 a été falsifié pour des raisons messianiques. À l’heure actuelle, l’allégation la plus ancienne est maintenant celle de Julien de Tolède (646–690 apr. J.-C.), une source médiévale. Si, semble-t-il, Julien est la première personne à faire une telle déclaration, un demi-millénaire après les événements, il n’y a aucune raison de lui accorder un quelconque crédit.

Perdre la citation d’Éphrem en tant que source invalide la raison d’être de toute sa ligne de pensée. Ce n’est pas une question mineure.

Autres témoins

Éphrem a été invalidé comme source, et Julien est le plus ancien témoin connu de l’allégation selon laquelle les Juifs auraient modifié la Bible pour des raisons messianiques, mais Julien n’a pas été le premier à affirmer que les Juifs ont altéré Genèse 5 et 11. Eusèbe (263–339 apr. J.-C.) avait remarqué la différence entre les versions hébraïque (TM) et grecque (LXX), et affirmé que les Juifs avaient modifié les généalogies. En tant que locuteur grec, il avait soutenu les lectures de la LXX. Mais ce qui manque notamment, c’est une motivation antichrétienne – il avait allégué que c’était pour encourager le mariage précoce en réduisant l’âge auquel les patriarches se mariaient dans les Écritures (l’âge de la naissance des fils en 11 est généralement cent ans plus tardif dans la LXX que dans le TM). Eusèbe pouvait-il même savoir que c’était la raison, ou était-il seulement en train de spéculer ? Dans la deuxième partie, Smith déclare : “C&C [Cosner et Carter] reconnaissent la déclaration d’Eusèbe, mais écartent ensuite sa portée probante”. Mais ceci déforme notre argument. Nous affirmons que le témoignage d’Eusèbe va à l’encontre de l’argument de Smith, car Eusèbe, l’un des premiers témoins, ne témoigne pas d’un motif messianique.

Il y en avait d’autres qui alléguaient que les Juifs avaient altéré l’Écriture pour des motifs antichrétiens. Justin Martyr alléguait (probablement à tort) que les Juifs avaient modifié Esdras et Jérémie (Dialogue avec Tryphon 72), et non pas la Genèse. Et Irénée prétendait que les Juifs avaient mal interprété (et non mal traduit) Ésaïe pour disqualifier Jésus en tant que Messie (Contre les hérésies 3.21.1). Mais ceci est une preuve contre Smith pour la même raison—bien qu’ils attribuent les changements à des motifs antimessianiques ailleurs, ils ne le font pas pour les généalogies de la Genèse. Ainsi, la preuve la plus solide de Smith concernant l’altération de l’Écriture par les Juifs, qui est déjà faible dès le départ, n’a rien à voir avec le passage en question.

Nous avons donc les deux allégations—les Juifs ont changé les généalogies et les Juifs ont changé d’autres Écritures pour des raisons antichrétiennes—mais nous ne trouvons pas ensemble les allégations selon lesquelles les Juifs ont changé les généalogies pour des raisons antichrétiennes, jusqu’à Julien de Tolède, et Julien ne nous donne aucune raison particulière de prendre en considération son témoignage.

Pourtant, cela n’empêche pas Smith de penser que nous n’avons infligé à son argument qu’une blessure superficielle. En fait, il le retourne et prétend que c’était une bénédiction déguisée ! Il a passé beaucoup de temps dans sa série d’articles en quatre parties à parler de divers témoins et de la manière dont leurs déclarations devraient être prises au sérieux. Mais il semble que cela ne soit rien de plus que des gesticulations. Il nous reste ces faits :

  1. Les premiers témoins chrétiens connus qui ont remarqué des différences entre la LXX et le TM ont adopté des points de vue différents concernant celui qui était le plus fiable – Eusèbe a dit que c’était la LXX, Jérôme (377–420 apr. J.-C.) le TM, etc.
  2. Les premiers témoins chrétiens qui alléguèrent que les Juifs avaient changé les généalogies de la Genèse du TM ne liaient pas ces changements à des motivations antichrétiennes.
  3. Les premiers chrétiens accusant les Juifs d’avoir modifié l’Écriture pour des motifs antichrétiens ne citèrent pas les généalogies de la Genèse à titre d’exemple, mais restèrent fidèles à des passages beaucoup plus franchement messianiques, dans d’autres passages de l’Écriture.
  4. Le premier chrétien à prétendre que les Juifs avaient modifié Genèse 5 et 11 pour des motifs antichrétiens fut Julien de Tolède, près de 600 ans après la prétendue altération.

Une conspiration impossible

Smith allègue que le rabbin Akiba (50–135 apr. J.-C.), qui a été exécuté par les Romains à la fin de la rébellion de Bar Kokhba, avait le pouvoir de procéder aux “changements” que nous voyons dans les généalogies de la Genèse 5 et 11 du TM. Cela aurait nécessité que chaque synagogue juive changeât ses manuscrits de la Torah. Cela comprend les congrégations juives d’Europe, d’Afrique et d’Asie.6 Aussi ridicule que cela puisse être, même si nous concédions cela, le type de textes TM ne pourrait pas avoir son origine ici, parce que, comme nous l’avons montré dans Is the Septuagint a superior text for the Genesis genealogies?, les trois principaux types de texte existaient à la fin du premier siècle. Mais supposons, pour les besoins de la discussion, qu’Akiba voulait changer tous les parchemins de la synagogue en type de textes TM pour des raisons antichrétiennes. Akiba n’était pas le pape juif. Il ne pouvait pas simplement exiger que chaque rabbin, de l’Italie à la Mésopotamie, détruisît l’ensemble des manuscrits conservés dans chaque synagogue de la diaspora juive et les remplaçat par de nouveaux. Et nous nous demandons combien de conflits internes il en aurait résulté s’il avait essayé de le faire.

Mais supposons qu’Akiba ait convaincu chaque rabbin, envoyant des centaines de lettres par l’intermédiaire d’armées de messagers à travers tout l’empire romain et au-delà. Et supposons que les rabbins, comme un seul homme, aient décidé que la menace chrétienne était si grande qu’aucune copie hébraïque de la véritable généalogie ne pouvait être préservée. Ils n’auraient probablement pas pu accomplir cela.

D’une part, chaque rouleau de la Torah devait être copié à la main et son exactitude était minutieusement vérifiée. Cela nécessitait le travail de scribes professionnels, et le processus de création d’un seul parchemin pouvait prendre plusieurs années, en fonction des éléments décoratifs du parchemin. Compte tenu du nombre de parchemins à remplacer, il aurait fallu des décennies, voire des générations, pour terminer le travail, même avec un scriptorium professionnel dédié à la génération de la nouvelle version de la Torah. Mais souvenez-vous qu’Akiba était mort, tué par les Romains, et certains Juifs pensaient certainement qu’il avait eu ce qu’il méritait. Il est difficile de croire que le judaïsme était suffisamment unifié à l’époque pour accepter un changement en profondeur de leurs documents fondateurs.

Smith allègue que cela aurait eu lieu sans laisser de traces ; que le but aurait été précisément de garder cela secret. Mais est-ce même possible ? Vous ne pouvez pas avoir une horde de messagers transportant des centaines de copies de lettres ayant pour but de convaincre chaque rabbin du monde connu d’embaucher des professionnels pour créer de nouveaux parchemins contrefaits, dans un complot s’étalant sur plusieurs décennies conçu pour changer le texte des Écritures lui même et que cela puisse rester un secret bien gardé. Cela nécessite plusieurs couches de circonstances impossibles.

Mais les choses sont encore pires pour Smith, car nous connaissons la véritable préoccupation d’Akiba et nous savons ce qu’il a fait à ce sujet – il a systématisé les traditions juives, pour lesquelles il est connu comme le père du judaïsme rabbinique moderne, qui dépend beaucoup plus du Talmud que de la Torah. La Torah a toujours autorité dans le judaïsme moderne, mais ils prétendent qu’elle ne peut être comprise sans le Talmud. Avez-vous bien compris cela ? Il voulait que les Juifs restassent unis après la destruction du Temple et il voulait contrer l’influence de la religion chrétienne grandissante. Il savait qu’il ne pourrait pas utiliser les Écritures seules, car les premiers chrétiens avaient accepté les Écritures juives et les ont même utilisées pour soutenir leurs affirmations. Ainsi, il a créé un tout nouveau niveau d’”écriture” et il n’y a aucune preuve qu’il ait tenté de changer les Écritures existantes.

Analyse textuelle

Les erreurs de Smith montrent que sa reconstruction historique est extrêmement improbable. Mais l’analyse textuelle montre que c’est impossible. Tout d’abord, comme nous l’avons indiqué plus haut, le TM existait déjà avant Akiba, il n’aurait donc pas pu l’inventer. Deuxièmement, toute reconstruction de l’historique du texte doit tenir compte des trois principaux types de texte existants et de la manière dont ils proviennent d’un original unique. Comme nous l’avons expliqué dans Textual Traditions and Biblical Chronology, il est trivial d’expliquer comment les TM, LXX et SP actuels sont issus d’un original semblable au TM, mais il est difficile d’obtenir tant le MT que le SP à partir d’un original semblable à la LXX. Smith n’a pas encore sérieusement interagi avec nos travaux sur ce sujet et ne semble même pas comprendre à quel point cela est important.

Conclusion

Henry Smith s’est acculé au pied du mur avec son projet de recherche sur Genèse 5 et 11 et il semble avoir des biais préconçus qui colorent son analyse. Il admet qu’il n’a pas réussi à discerner une source authentique à partir d’une fausse source et son utilisation incohérente et sélective de sources historiques montre qu’il n’est pas meilleur en argumentation historique. Il n’a même pas tenté une reconstitution textuelle, excepté son essai d’établir que la Septante avait à l’origine un nombre correct pour Mathusalem dans son article publié dans ARJ.

En bref, nous ne trouvons aucune raison de prendre au sérieux les arguments de Smith en faveur de la LXX, et nous avons de nombreuses raisons de considérer ses recherches avec scepticisme. La meilleure chose à faire pour préserver une certaine crédibilité serait de reconnaître les problèmes posés par son argumentation et de rétracter ses travaux antérieurs.

Comme nous l’avons dit de la même manière dans nos précédents articles, nous implorons la communauté LXX d’améliorer son niveau d’érudition. Comme le reconnaissent toutes les parties à ce débat, le texte biblique n’est pas une chose banale avec laquelle il faille plaisanter. Nous savons que des changements délibérés ont été apportés quelque part dans l’histoire, probablement au cours du premier ou du deuxième siècle qui a précédé la naissance du Christ, et nous voulons tous tirer cela au clair. Personnellement, nous aimerions disposer de quelques siècles supplémentaires après le Déluge pour intégrer davantage de preuves archéologiques avant Abraham, mais malheureusement, le texte lui-même ne le permet pas. Nous savons que nos amis qui soutiennent la LXX sont des chrétiens conservateurs, croyant à la Bible, et nous sommes disposés à nous laisser convaincre par eux. Cependant, à ce jour, cette communauté n’a pas produit le type de documentation requise. Comme le dit le vieil adage, les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires,7 et nous attendons toujours qu’ils produisent les preuves nécessaires à l’appui de ces affirmations extraordinaires. Jusqu’à présent, leurs meilleurs arguments n’ont pas été à la hauteur.

Références

  1. Hardy, C., and Carter, R., The biblical minimum and maximum age of the earth, Journal of Creation 28(2):89–96, 2014. creation.com/images/pdfs/tj/j28_2/j28_2_89-96.pdf. Retour au texte.
  2. Smith, H.B., Jr., The case for the Septuagint’s chronology in Genèse 5 and 11, Proc. of the Eighth ICC, ed. J.H. Whitmore, pp. 117–132, icc.org. Retour au texte.
  3. Smith, H.B., Jr., Methuselah’s begetting age in Genèse 5:25 and the primeval chronology of the Septuagint, ARJ 10:169–179, 2017, answersingenesis.org. Retour au texte.
  4. Smith, H.B., Jr., Setting the record straight on the primeval chronology of the Septuagint, parts 1–4, biblearchaeology.org. Retour au texte.
  5. Refers to an eschatological scheme that believed that the world would go through seven ages of one thousand years that were analogous to the days of Creation. Retour au texte.
  6. Carter, R.W., The genetic history of the Jewish nation, Journal of Creation 32(1):114–120, 2018. creation.com/images/pdfs/tj/j32_1/j32_1_114-120.pdf. Retour au texte.
  7. This is actually a quote from the famous atheist and evolutionist Carl Sagan, but it has transitioned into a common aphorism in our culture today. Retour au texte.

Helpful Resources

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