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Un conte de deux puces

par
traduit par René Bellerose

Cet article provient de Creation 20(3):45, Juin 1998
Fleas

Imaginez une colonie de puces vivant dans une voiture, le seul foyer qu’elles aient jamais connu. Deux d’entre elles — appelons-les C et E — commencent à explorer scientifiquement leur monde. En étudiant les processus en cours dans la voiture, elles découvrent toutes les lois fondamentales de la chimie et de la physique — le mouvement, la gravité, l’électromagnétisme, la thermodynamique, la mécanique quantique, etc.

Tout ce qu’elles ont appris peut-être prouvé par des expériences répétables. elles finissent donc par s’entendre sur chaque conclusion. Enfin, une jeune puce leur pose une question fatidique : « Comment cette voiture est-elle apparue, d’abord ? »

C : « C’est évident, elle a été construite à un moment donné par un concepteur intelligent. »
E : « Heeeiiiin ? Je ne t’ai jamais entendu parler comme ça avant. Ah, je sais, tu es un de ces cinglés religieux qui croient en ce livre dans la boîte à gants, le manuel, qui aurait censément été écrit par un soi-disant constructeur. Ne sais-tu pas que nos meilleurs spécialistes du pucien biblique s’accordent à dire que c’est un tas de mythes écrits par des puces nomades pseudo-scientifiques du désert ? »
C : « Comment est-ce que tu expliques l’existence de la voiture, alors, sans un constructeur ? »
E : « S’il te plaît, ne te méprends pas, tu peux croire en un constructeur si tu le souhaites, mais tu dois comprendre que nous ne pouvons pas enseigner cela aux jeunes puces en cours de sciences. De toute évidence, les processus scientifiques et les lois que nous avons étudiées ont construit lentement et progressivement cette voiture à partir de substances plus simples. »
C : « Tu dois être consciente de certaines des énormes difficultés scientifiques que pose une telle idée. »
E : « Toutes les idées scientifiques ont des difficultés et j’y travaille. Mais j’ai l’esprit assez ouvert pour changer d’idée sur la manière dont cette voiture a évolué au fur et à mesure que de nouveaux résultats de recherche nous parviennent. »
C : « Est-ce que tu serais prête à changer d’avis sur la question de savoir si elle a évolué ? »
E : « Comment est-ce que je le pourrais ? La seule alternative à l’évolution de cette voiture est sa création, et ce serait une idée religieuse, pas scientifique. Cela impliquerait de s’appuyer sur un processus (la création) que nous ne pouvons plus observer et sur un constructeur que nous ne pouvons pas voir. Je suis surpris de voir un scientifique comme toi tenir de telles idées mystiques. »
C : « En fait, c’est ma science qui m’a aidé à conclure qu’un concepteur doit exister. Tu dois réaliser que tu ne peux pas non plus faire d’expérience pour prouver tes idées. »
E : « Ça, c’est un coup bas. Tu sais à quel point la limaille de fer se dépose lentement dans le carter moteur : il faudrait des centaines de millions d’années pour qu’elle s’agglomère et forme un nouveau vilebrequin. Mais au moins, nous pouvons voir quelque chose se produire. »
C : « Ta philosophie semble t’empêcher de penser qu’un constructeur automobile existe réellement. Si tel était le cas, est-ce que tu t’attendrais à pouvoir étudier les processus (passés) de construction de voiture ou le constructeur ? En fait, je pense que l’idée qu’un constructeur existe est bien plus valable sur le plan scientifique que la tienne. »
E : « Qu’est-ce que tu veux dire? »
C : « Eh bien, les choses que nous observons dans la voiture correspondent mieux à l’idée que celle-ci a été construite dans le passé et qu’elle est en train de s’user. Est-ce que tu te souviens de la deuxième loi de la thermodynamique que nous avons découverte ? En gros, tout dans cette voiture s’use, se détériore. Aucun des processus scientifiques que nous avons étudiés n’a la capacité de fabriquer cette voiture. Je pense que c’est une très bonne preuve à charge en faveur de la création. Et cette preuve à charge est conforme au livre qui déclare être le manuel du fabricant, il est donc logique de croire ce qu’il dit.
« Une autre preuve importante de la création est l’organisation des composantes de cette voiture, c’est-à-dire la relation entre ses pièces. Tu vois, une bobine n’a aucune tendance naturelle à s’aligner avec un distributeur et une bougie d’allumage de manière à faire une étincelle — lorsque ces trois éléments fonctionnent ensemble, ils respectent toutes les lois de la science — aucun processus mystérieux n’est à l’œuvre.
« Pourtant, tout ce que nous savons à leur sujet nous oblige à conclure que cet ordre, ce rapport, cette destination, si tu préfères [E frémit à ce stade], leur ont été imposés extrinsèquement à l’origine. C’est une preuve à charge en faveur de la création. Tu reconnais toi-même les preuves à charge qui indiquent une création. Si tu vois un beau tableau, par exemple un Pucecasso, tu reconnais qu’il est le résultat d’une intelligence créative. Tu le sais parce que tu sais que la toile et les huiles n’ont aucune tendance naturelle à s’unir de cette façon. Tu reconnais qu’il y a eu création même si tu ne pourras sans doute jamais voir le créateur ou l’acte de création. »
E : « Je vois ce que tu veux dire, mais … je me refuse à croire qu’il existe quelqu’un d’autre ailleurs … ».